La Gazette du Canal - Numéro 3

(jan. - fév. 1993)

Le journal de tout le 10e arrondissement de Paris

La drogue dans le 10e

La drogue fait régulièrement la Une des journaux et à plusieurs reprises, c'est notre arrondissement que la presse a montré du doigt. Le 10e est qualifié de « supermarché de la drogue », de « bateau ivre », on parle d'un « été chaud » à Bonne-Nouvelle et on annonce « une rafle place Stalingrad ».
Qu'en est-il en réalité ?
La Gazette du Canal a voulu ouvrir l'enquête.

Le 10e, quartier « chaud » ?

Stalingrad

Place Stalingrad, au début de cet été, des promeneurs ont remarqué que de nombreux jeunes, souvent d'origine africaine, stationnaient dès la fin de l'après-midi sous les arcades au bord du bassin de la Villette jusqu'à une heure avancée de la nuit.

Que font-ils ? une passante pense à un nouveau campement de mal-logés, une jeune du quartier se réjouit de voir s'installer là une nouvelle « piazza », très fréquentée comme à Beaubourg. Hélas, un reportage photographique, publié dans Le Parisien, est venu mettre un terme à ces spéculations optimistes : il s'agit bel et bien d'un nouveau lieu du marché de la drogue.

Bonne-Nouvelle

Le phénomène y est moins récent, mais a pris depuis le printemps 1992 des proportions inquiétantes : des groupes se tiennent le soir devant la poste ou près de la porte Saint-Denis. Les incidents se multiplient : agressions; vols, bagarres… Une association de riverains et de commerçants a même organisé en juillet une manifestation, la population excédée brandissait une banderole sans équivoque : « Quartier sinistré par la drogue ».

Notre député aussi en campagne

Claude-Gérard Marcus, notre député du 10e a publié une lettre ouverte dans le journal municipal Parisiens du 10e de septembre. Il y attise la traditionnelle querelle entre mairie (RPR) et préfecture (socialiste…). D'après lui le problème ne pourra être résolu que par la mise en place d'une importante présence policière (il évoque le plan Vigipirate) et semble se demander ce que fait la police. Il promet qu'à partir de mars 1993, les choses iront bien mieux puisque la droite serait de retour au pouvoir (la préfecture redeviendrait fréquentable, et notre bien-être serait enfin assuré).

Le ton est peut-être donné pour la future campagne électorale. On ne risque pas de planer très haut avec ces arguments qui font appel au vote sécuritaire. Nous préférerions voir la mairie, la préfecture, les policiers et les associations se concerter et associer leur énergie pour mener une vraie politique de prévention et de lutte contre la drogue.

Un arrondissement à risques ?

Quelle peut être la vision d'un habitant du 10e de l'installation de ces trafics ? En parlant avec les habitants du 10e, nos voisins et amis, nous avons été surpris du décalage qui existe entre le ton alarmiste des articles de la presse et l'expérience vécue de ce problème. Certains ont été directement confrontés à des agressions ou des vols effectués par des drogués, notamment les commerçants du quartier Bonne-Nouvelle, d'autres ont trouvé dans leur jardin public des seringues jetées sur les pelouses ou dans les bacs à sable, mais la majorité d'entre nous a simplement remarqué avec appréhension ces concentrations de jeunes « bizarres », soit à Bonne-Nouvelle, à Stalingrad, ou encore gare du Nord.

Sommes-nous victimes de l'attrait de notre arrondissement et de ses caractérisques qui concentrent les risques ? Les passages de population occasionnés par la présence de deux gares, des lignes de RER et les nombreux commerces (TATI au nord, grands boulevards au sud, axes commerçants des différents « faubourgs » Saint-Denis, Saint-Martin, Poissonnière et du Temple). Le 10e est aussi touché par les changements survenus dans d'autres arrondissements : évacuation de l'îlot Chalon, « nettoyage » du quartier des Halles, fermeture des sautts de la rue d'Aubervilliers, quadrillage de la Goutte-d'Or, îlotage policier efficace dans le 11e, le 18e…

Nous savons, contrairement à ce que semblent croire nos élus de droite et de gauche, que la lutte contre la drogue est un problème complexe qui ne sera jamais résolu par la seule réponse policière, le problême trouve ses sources aussi bien dans un malaise de société que dans des trafics financiers internationaux. Qui apportera des réponses ? La mairie, la préfecture ?

Quelle prévention dans le 10e ?

Dans notre arrondissement, ne serait-il pas souhaitable d'engager une politique plus audacieuse et plus équilibrée, faisant place, à côté de l'indispensable action répressive de la police, à une véritable politique de prévention. Où en est l'îlotage policier dans le 10e ? Où trouver dans le 10e un soutien pour les drogués ou leurs proches ? Où sont les éducateurs de rue ? Pourquoi le comité de prévention de la délinquance n'agit-il pas ?

Patience, bientôt nos élus, débarrassés des soucis électoraux, s'occuperont-ils peut-être enfin de ces problèmes.

H.L.